Jean-Marc Besson

Jean-Marc Besson, une griffe fauve
Retour d'Afrique
Eau et lumière captives
Aux sources du visible
Galerie Melisa


Rhinocéros
«Rhinocéros» 1987
67 cm x 96,5 cm,
Tempera à l’œuf sur papier

Retours d’Afrique

Le Matin, Mercredi 7 mars 1990, Christophe Flubacher

Hommage au caractère fragile du monde sauvage

Il dérange tout quand il se déplace. L’espace se froisse, l’air plisse comme un papier sous le feu. Dans son mouvement ailé, le voilà qui s’enfonce à travers la nuit. Celle-ci se distend, avant de reprendre sa place d’avant. C’est un rapace, un balbuzard qui compose avec les vents pour voler. Comme il irait plus vite, pensait Kant, s’il n’était pas freiné par l’air! En réalité, sans cette résistance, l’oiseau ne volerait tout simplement pas... C’est ce qu’illustre bien le tableau de Jean-Marc Besson. Dont l’exposition à la Galerie Plexus de Chexbres fait au monde et à l’animal sauvages une place de choix. Vaudois, né en 1939, Jean-Marc Besson est avant tout l’homme de toutes les terres: celles d’Afrique, d’Espagne, d’Egypte et du Mexique, où il se rend fréquemment. Pour y célébrer un monde sauvage en perdition. Qui se mue petit à petit en réserve naturelle. «Je n’ai pas d’autre intention, dit-il, que de manifester mon amour pour des choses et des êtres dont j’éprouve presque physiquement le caractère désormais fragile et provisoire.» Rien n’est immuable en effet dans l’œuvre de Besson. Même les montagnes imposantes sont recouvertes d’une étoffe bleue qui se soulève au moindre vent. Avec au-dessus le ciel en reptation: Quant au rhinocéros couché, c’est miracle qu’il possède intacte sa corne d’ivoire... Un feu de brousse, enfin, vient chasser toute présence animale et végétale. Un «requiem», la peinture de Besson? Un monde en suspens, sauvage et plein de senteurs. Mais plongé dans l’imminence d’une catastrophe.

Chexbres, Galerie Plexus, jusqu’au 1er avril.